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La Serrurerie dans le VIMEU au 19ème siècle

 

 

                         LA SERRURERIE AU 19 ème SIECLE DANS LE VIMEU

 

 

LA REPARTITION GEOGRAPHIQUE

 

La répartition de la serrurerie au 18ème siècle montre deux pôles principaux : FRIVILLE ESCARBOTIN BELLOY d’une part, FRESSENNEVILLE  FEUQUIERES d’autre part.

Le livre de BONNOT répertorie très exactement 469 ateliers dans le Vimeu, mais il ne s’agit que des fournisseurs des commerçants parisiens. (voir plus haut l’article très intéressant et très documenté de Monsieur Pascal BRIOIST)

 

En 1806 selon la carte industrielle de l’exportation, la serrurerie du département de la Somme est fabriquée dans environ 450 petits ateliers disséminés dans plus de quarante communes, sur une surface de 70 à 75 kilomètres carrés, occupant ordinairement, dans les saisons du travail, environ 1.800 ouvriers.

 

Ces ateliers sont tous en stagnation pendant la moisson, la plupart des ouvriers étant cultivateurs, ceux-ci n’hésitent  pas à délaisser les clients pour s’occuper de leur parcelle de terre.

Cet attachement à la terre, au travail individuel sans contrainte, permettant de travailler chez soi, dans sa propre boutique, le conduit à vivre un peu replié sur lui-même. Il commercialise également lui-même sa production.

 

Serrurier dans sa boutique

 

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       SERRURIER 19me Boutique.jpg

 

 .

La tradition artisanale s’est diffusée à partir des secteurs surpeuplés des deux pôles principaux décrits ci-dessus et a essaimé vers les villages environnants.

 

 

Dès le 18ème siècle on assiste à une spécialisation des fabrications par commune.

FRESSENNEVILLE : Cadenas

FEUQUIERES : Serrure de sûreté

DARGNIES et WOINCOURT : Clé

SAINT BLIMONT : Bec de canne

AULT : Serrure pour porte cochère et pène dormant demi-tour

BETHENCOURT/MER : Serrure à moraillons pour malles, serrure à auberonnière pour pupitres, locqueteau de caisse, serrure d’armoire et plus tard le sécateur et la pince

LA CROIX AU BAILLY : Serrure de sûreté

DARGNIES, MENESLIES, BEAUCHAMPS et BOUVAINCOURT : Clé pour meubles, montre et pendule, verrou.

NIBAS, OCHANCOURT : Serrure d’armoire

VALINES, EMBREVILLE : Coffre-fort, coffret

YZENGREMER et partie MENESLIES : Clenche, locqueteau, verrou

SAILLY FLIBEAUCOURT : Cadenas à gorge, serrure d’armoire, pène dormant demi-tour.

 

 

 

En 1806 toujours, le produit des objets fabriqués peut être évalué annuellement à plus de 800.000 Francs (valeur 1806). Le meilleur ouvrier ne gagne pas plus quant à lui de 2 Francs par jour.

 

Au 19ème siècle quelques industriels regroupent de nombreux ouvriers serruriers à qui ils distribuent du travail à domicile et pratiquent le négoce des serrures. Le serrurier perd petit à petit son indépendance.

 

Les marchands de PARIS achètent la majeure partie de ce qui se fabrique en serrurerie, ils en font la vente, soit pour la consommation de la capitale, soit pour celle des départements. Ils en fournissent beaucoup aussi pour les armements destinés aux Colonies.

Depuis ROUEN les produits sont acheminés vers la Normandie et l’Ile de France.

Les ouvrages faits dans le Vimeu ont été exposés au Louvre en l’An 9 (1800) et le jury national a fait accorder une médaille de bronze aux principaux ouvriers.

 

LES PRODUITS FABRIQUES

 

Monsieur Louis de RIVERY a établi à AMIENS un entrepôt  de tous les objets qui se fabriquent à ESCARBOTIN. Il est le premier qui ait essayé d’introduire dans ces ateliers la fabrication des cylindres en fer propres aux métiers à filer. Ces cylindres sont à bon prix et très recherchés.

Selon Pierre BRIEZ c’est principalement la Révolution Française et le blocus continental imposé par Napoléon 1er qui est à l’origine de cette industrie nouvelle.

 

Les débouchés sont importants : PARIS, LILLE, ROUEN et même l’Alsace réclament les produits. Ceux-ci fabriqués plus facilement qu’une serrure attirèrent nombre d’ouvriers, l’essentiel étant localisé à FRIVILLE et WOINCOURT.

Mais l’impossibilité de lutter contre la concurrence fit qu’on en revint à la serrure.

 

Pour illustrer l’importance de cette fabrication si particulière, nous produisons ci-dessous le rapport fait par Monsieur RIVERY DE JOILLE négociant à WOINCOURT au sous-préfet d’ABBEVILLE DUMONT le 14 septembre 1812. Il répond au désir de l’Administration d’établir précisément des statistiques sur le nombre de personnes employées en serrurerie dans le Canton d’AULT.

 

« Malgré le désir que j’ai de satisfaire aux demandes que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser relativement au nombre des ateliers et boutiques de serrurerie et à celui des ouvriers qui y sont occupés dans les différentes communes comprises dans l’arrondissement confié à votre administration, il me seroit impossible ainsi qu’aux autres marchands fabriquants et commissionnaires de vous fournir des éclaircissements tels que vous puissiez les transmettre avec certitude en confiance à son Excellence le ministre des manufactures.

 

Le commerce de serrurerie est entre les mains des marchands, des commissionnaires et des fabriquants, les premiers achettent et font façonner dans les boutiques des particuliers, les articles convenables à leurs débouchés. Les commissionnaires font la même opération pour le compte de leurs commettants, les fabriquants enfin fournissent directement à PARIS et ROUEN et dans quelques autres villes du département les articles qui leur sont demandés ; d’autres pour vendre eux-mêmes à PARIS les produits accumulés de leurs boutiques et de celles de quelques uns de leurs confrères.

 

La fabrication de la serrurerie n’avoit eu lieu précédemment que dans des boutiques particulières composées ordinairement que de 2,3 ou 4 ouvriers, ce n’est que depuis environ six ans que le besoin de cylindres et d’autres pièces propres à la construction des métiers à filer le coton, la laine, le lin a donné lieu à l’établissement de quelques boutiques plus importantes auxquelles on a donné le nom d’ateliers, parce qu’un plus grand nombre d’ouvriers y ont été réunis et qu’ils renfermaient des machines dont les  boutiques particulières n’auroient pu faire la dépense : 12 ateliers de cette espèce se sont successivement élevés dans différentes communes du canton d’AULT et de GAMACHES. La fabrication des cylindres cannelés y a fait des progrès si rapides et a été portée à un tel degré de perfection qu’elle obtient la préférence dans toutes les villes manufacturières. Environ 300 ouvriers y ont été employés jusqu’à l’époque où le commerce de filature a perdu de son activité. Plusieurs chefs de ces ateliers ont alors renvoyé leurs ouvriers, 3 ou 4 seulement en ont conservé quelques uns. Les ouvriers ainsi congédiés ne sont point pour cela restés dans l’inaction et ont repris leurs anciens travaux  en serrurerie qu’ils n’avoient quitté que pour obtenir un meilleur salaire dans ceux des pièces de mécanique.

 

Quant à mon atelier particulier, le nombre des ouvriers a été précédemment porté à  80 et a été successivement réduit à 30. Il peut être plus que doublé d’une semaine à l’autre selon l’importance des commandes qui m’arrivent. Ils sont employés à la fabrication des cylindres cannelés et autres pièces de mécanique et à l’exécution de plusieurs objets dont le travail jusqu’à présent est étranger à l’industrie habituelle du pays.

 

Les articles de serrurerie qui se fabriquent dans les diverses communes sont si variées et nombreuses que l’énumération serait d’autant plus longue et difficile qu’on exécute souvent de nouveaux objets sur des dessins ou modèles qui sont fournis aux ouvriers, il suffira de dire que l’on fabrique en général tout ce qui concerne la fermeture des appartements et des meubles et dans toutes les qualités depuis la plus commune jusqu’à la plus recherchée.

 

 

LES MATERIAUX

 

La houille

 

C’est le matériau combustible qui alimente la forge où sont chauffées les plaques de tôle.

 

L’Angleterre fournit le charbon de terre. Si celui-ci fait défaut, on consomme de la houille de VALENCIENNES. Lorsque le Canal de la Somme sera construit, cette houille parviendra jusqu’à ABBEVILLE par le canal de SAINT QUENTIN, ce qui sera très profitable aux serruriers.

 

Le fer

 

Ce sont les fers de Champagne et des Ardennes qui alimentent ces fabriques. A partir de 1817 le fer proviendra du Nivernais puis du Berry.

 

Le cuivre

 

Vers 1840 apparaît le cuivre dans le Vimeu qui fait une large place à la serrurerie de précision et du luxe. Il provient du Chili.

La première fonderie de cuivre du Vimeu est créée par Philbert BEAUVISAGE en 1843 à TULLY. Il épouse Elbanie DEBEAURAIN, fille de Firmin DEBEAURAIN forgeron et serrurier. Veuve assez rapidement, elle épouse en 2ème noces Zénobé BUIRET, ancien instituteur qui donne de l’essor à l’entreprise qui fermera définitivement ses portes en 1987. (voir l’historique de la société dans la page d’histoire de TULLY de 1800 à 1850)

L’établissement d’une fonderie de cuivre nécessitait des capitaux importants, vite rentabilisés par l’écoulement de cette production de luxe.

 

La fonte maléable

 

Elle est introduite en 1847 chez Adam FRENKL de DARGNIES par Monsieur FOURNIER VALERY venu de la maison anglaise ELIOTT de PONT AUDEMER. En 1860 l’Angleterre emploie 30.000 hommes à ce travail mais la France seulement 1.500.

 

Le Vimeu a une place importante dans cette fabrication essentiellement tournée vers la clé et des pièces de serrures.

 

Facture FRENKL PARMENTIER

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 .                              Facture PARMENTIER FRENKL.jpg 

 

 

Les premières usines de fonte malléable sont créées vers 1848 :

GAUDEFROY à TULLY

PARMENTIER à DARGNIES (Ancienne maison FRENKL)

STACOFFE et MARESCAUX, BOUTTE à FRIVILLE

RIQUIER à FRESSENNEVILLE

BRICARD à WOINCOURT

 

Les limes

 

Les limes se tirent d’Allemagne en temps de guerre et d’Angleterre en temps de paix. Des tailleurs de limes s’installent cependant en Vimeu. Après la guerre de 1870 ils viennent d’Alsace, après avoir opté pour la nationalité française (voir notre article sur l’histoire de FRIVILLE ESCARBOTIN en 1872).

 

L’EVOLUTION DES TECHNIQUES

 

 

Les techniques industrielles évoluent tout au long de ce siècle. La machine à vapeur présente dans les manufactures dès le milieu de ce siècle permet  la fabrication beaucoup plus rapide et à moindre coût des serrures.

A WOINCOURT, la première machine fait son apparition en 1852 chez Eugène BRICARD, elle remplace le manège de huit chevaux servant à mouvoir les tours découpoirs et les rabotteuses.

Ensuite, c’est chez Fleury DEPOILLY, successeur de Joseph DEPOILLY qu’apparaîtra une autre machine à vapeur en 1861. Cette société fut cédée ensuite à la famille LAPERCHE.

 

L’extension de la machine à vapeur n’interviendra pas avant la toute fin du 19ème siècle dans les autres manufactures du Vimeu, voire au tout début du 20ème siècle.

 

CONCLUSION

 

On assiste au long de ce 19ème siècle à une véritable révolution industrielle, avec l’installation des manufactures, imitant les premiers ateliers de cylindres cannelés qui employaient déjà un nombre important d’ouvriers et pouvaient financièrement acquérir des machines qui accéléraient la fabrication des objets.

La flexibilité du travail est également une composante importante de cette structuration industrielle : les ouvriers sont appelés et renvoyés pratiquement au jour le jour, ils sont recrutés parfois pour un temps très court, comme dans l’agriculture.

Les manufacturiers gardaient cependant une main d’œuvre à domicile dans les « boutiques » pour les pièces nécessitant probablement plus de spécialisation. D’excellents artisans décidaient d’eux-mêmes de travailler pour tel ou tel manufacturier, symbolisant par là même leur esprit d’indépendance. Il en fut ainsi encore jusqu’au milieu du 20ème siècle. 

 

 

Sources : Manuscrit  DUBOIS  à la B.M. d’AMIENS

               Série M aux A.D. d’AMIENS (Rapport DE RIVERY) 

               Notice sur la Serrurerie P. BRIEZ   

 

 

 


Date de création : 06/02/2012 @ 14:59
Dernière modification : 15/12/2016 @ 18:01
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